Des chercheurs. Après la stabilisation du pouvoir soviétique issu de la révolution de 1917, des chercheurs occidentaux sont invités à visiter l’URSS, et (re)découvrent les analyses marxistes. Ils analysent en France des conférences aussi bien dans les sciences de la matière autour de Paul Langevin à la maison de la chimie et dans les sciences humaines autour d’Henri Wallon. Ces différentes démarches convergent vers un cycle de conférences, tenu en 1934 et 1935, sous le titre « À la lumière du marxisme ». Henri Wallon, psychologue de renom, les coordonne dans l’esprit non pas d’appliquer a priori le marxisme à chaque science (démarche qui serait dogmatique, explique-t-il) mais de regarder, de l’intérieur de chaque discipline, ce que le marxisme peut apporter. La plupart des conférences seront publiées dans deux volumes en 1935, d’autres restent à ce jour inédites (la Fondation Gabriel Péri travaille à les publier prochainement). Si ces conférences et publications sont soutenues par le Parti communiste et par la diplomatie soviétique, l’organisation et le contenu sont entièrement organisés par les chercheurs français. Cette démarche est essentielle dans la combinaison de logiques qui conduit au Front populaire. Ces chercheurs réagissent à la crise de la science qui sévit alors, contre la montée des idées irrationnelles (défiance envers les connaissances, manipulations fascistes de la vérité…) en redynamisant la science par le rationalisme et le matérialisme, dans ses traditions françaises en dialogue avec la novation de la théorie marxiste. Le titre « À la lumière du marxisme » sera, après la publication des deux volumes, celui d’une chronique de comptes-rendus de recherches en SHS, tenue par Henri Wallon dans la revue Commune, jusqu’à la création de la revue La Pensée en 1939. Transversalement à ces épisodes de publication, on retrouve une approche du « rationalisme moderne » (futur sous-titre de La Pensée) qui constitue une base d’échange large avec des chercheurs de différents horizons, dans une démarche de rassemblement qui fait écho avec la création des comités antifascistes du mouvement Amsterdam-Pleyel en 1932.
En savoir plus :
- Henri Wallon dans La Pensée. Textes rassemblés et commentés par Régis Ouvrier-Bonnaz, Jean-Yves Rochex et Stéphane Bonnéry, éditions Manifeste, 2021.