Le second tour de l’élection présidentielle, le 19 mai 1974 ; élection provoquée par le décès du Président Georges Pompidou. La participation atteint un niveau record avec 87,33% de votants parmi les inscrits (3,9 millions abstentionnistes parmi les 30,6 millions d’inscrits, auxquels il conviendrait d’ajouter les non-inscrits, évalués à cette époque autour de 10% des citoyens disposant du droit de vote). Si comparées aux scrutins de la période actuelle, les élections des années 1960/70 se caractérisent par un niveau élevé de participation, ce second tour de l’élection présidentielle de 1974 est particulièrement attractif pour plusieurs raisons.
– Le résultat de l’élection est incertain : les derniers sondages réalisés quelques jours avant le 19 mai donnent François Mitterrand et Valery Giscard d’Estaing à 50/50.
– Le choix est simplifié : la gauche et la droite s’opposent par l’intermédiaire des deux candidats qualifiés pour le second tour. François Mitterrand, candidat commun au 1er tour du Parti communiste, du Parti socialiste et du Mouvement des radicaux de Gauche unis autour d’un programme commun de gouvernement, est soutenu également par la CGT, la CFDT, la FEN (premier syndicat des enseignants) et le MODEF (syndicat agricole) ; il bénéficie au second tour des appels à voter en sa faveur de Alain Krivine et Arlette Laguiller, candidats trotskystes du premier tour, de René Dumont candidat écologiste et de quelques personnalités gaullistes. Il représente la gauche unie. De son côté, la droite, divisée au premier tour, se rassemble derrière Valéry Giscard d’Estaing pour le second tour ; Jacques Chaban-Delmas (résistant, gaulliste, ancien Premier ministre, Président de l’Assemblée nationale en fonction) et Jean Royer (ancien ministre du Commerce, ministre en exercice des PTT, Maire de Tours, conservateur, voire réactionnaire, notamment en matière de mœurs) appellent à voter pour lui. L’extrême droite est en situation marginale. Jean-Marie Le Pen a rassemblé 190 921 voix, soit 0,75% des suffrages exprimés au premier tour.
– Les enjeux du second tour sont saillants pour beaucoup d’électeurs. Valéry Giscard d’Estaing propose une « société libérale avancée », avec diverses mesures d’allure libérale et moderniste en matière institutionnelle (saisine du Conseil constitutionnel), électorale (droit de vote à 18 ans), sociétale (dépénalisation de l’IVG, introduction du divorce par consentement mutuel), médiatique (fin de la tutelle sur la télévision publique) et le renforcement de la « construction européenne ». François Mitterrand défend « les grandes orientations » du programme commun de gouvernement adopté par les trois principales formations politiques de la gauche (relèvement du salaire minimum, échelle mobile des salaires, retraite à 60 ans, cinquième semaine de congés payés, réduction du temps de travail et des nationalisations).
– L’optimisme collectif des « trente glorieuses » n’a pas encore disparu et, si la situation économique a commencé à se dégrader avec le premier « choc pétrolier » en 1973 avec une progression du chômage de 12% en un an, on ne recense qu’environ 450 000 chômeurs, soit environ 2,5% de la population active, contre un million de chômeurs l’année suivante.
– Les partis politiques bénéficient d’un niveau relativement élevé de confiance. En raison d’une expérience historique qui remonte à 1936 et à la Libération, beaucoup d’électeurs pensent que l’arrivée au pouvoir des partis de gauche s’accompagnera de réformes et de transformations de grande ampleur dans de nombreux domaines. Selon une enquête d’opinion, 67% des ouvriers ont voté pour F Mitterrand au second tour. C’est encore un vote de classe. De nombreux membres d’une classe ouvrière consciente, organisée et encadrée par toute une mouvance organisationnelle, soutiennent des partis qui se réclament du mouvement ouvrier, à commencer par le PCF, alors dirigé par d’anciens ouvriers.
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